Systèmes et rôles · Analyse
Libéro : le défenseur libre, de Beckenbauer à Laurent Blanc
Le libéro est un défenseur sans marquage, placé derrière ses partenaires pour couvrir. D'Herrera à Beckenbauer et Laurent Blanc, et pourquoi il a disparu.
Le libéro est un défenseur sans adversaire direct, placé derrière ses partenaires pour couvrir leurs erreurs. Le mot vient de l'italien « libero », libre : quand chaque défenseur suit son attaquant, lui récupère ce qui passe. Le poste a structuré les grandes défenses européennes, puis a presque disparu à partir des années 1990.
L'idée remonte à l'entraîneur autrichien Karl Rappan, qui plaçait déjà un défenseur supplémentaire devant son gardien avec l'équipe de Suisse, dans les années 1930 et 1940. Le mot a été employé pour la première fois dans ce sens par le journaliste italien Gianni Brera. Le système trouve sa forme la plus célèbre au milieu des années 1960 avec le catenaccio d'Helenio Herrera à l'Inter : des défenseurs au marquage individuel et, derrière eux, un homme libre. La logique était celle d'une assurance. Si chacun suit son joueur partout, un duel perdu ouvre la route du but, sauf s'il reste quelqu'un pour fermer.
Le stoppeur et le libéro
En France, cette défense se raconte souvent par un duo : le stoppeur et le libéro. Le stoppeur marque l'avant-centre adverse, avec des qualités d'abord physiques. Le libéro couvre derrière lui et doit être plus technique. Franz Beckenbauer a changé la portée du poste sous la direction de Branko Zebec : puisque personne ne le marquait, il pouvait aussi sortir balle au pied et se joindre à l'attaque. Le libéro devenait un créateur.
Laurent Blanc, l'héritage et la fin
Le parcours de Laurent Blanc montre à la fois l'héritage et la fin. Ancien numéro 10, il est replacé libéro à Montpellier par Michel Mézy au début de la saison 1990-1991. Il organise le jeu depuis l'arrière et multiplie les incursions dans le camp adverse, à la manière de Beckenbauer. En octobre 1990, contre la Tchécoslovaquie au Parc des Princes, il est titularisé pour la première fois comme libéro de l'équipe de France. Huit ans plus tard, champion du monde, il évolue dans une défense à quatre avec Marcel Desailly, Lilian Thuram et Bixente Lizarazu.
La défense de zone change tout
Ce basculement vient en grande partie d'Arrigo Sacchi, qui a systématisé la défense en ligne. Avec la défense de zone, chaque défenseur couvre un espace et ses voisins. Il n'y a plus besoin d'un homme en surplus derrière. Pire, un joueur resté quelques mètres derrière ses partenaires annule le hors-jeu et remet tous les attaquants en jeu. L'interdiction faite au gardien de prendre à la main une passe en retrait de son coéquipier a aussi pesé : il a dû apprendre à jouer au pied et à couvrir.
Où sont passées les fonctions du libéro
Les fonctions du libéro n'ont pas disparu, elles ont été partagées. La couverture derrière une ligne haute revient souvent au gardien : c'est tout le sens de l'expression « gardien-libéro », dont Manuel Neuer est devenu l'archétype. La sortie de balle depuis l'arrière appartient au défenseur central relanceur, en particulier au central du milieu d'une défense à trois, ou au milieu qui décroche entre les centraux pendant la construction. Dans les équipes les plus créatives, une partie de ce travail passe au regista, qui oriente le jeu devant la défense. Dans l'usage français courant, « libéro » sert même parfois à désigner simplement le central le plus technique d'une charnière, par opposition au stoppeur.
Pour reconnaître un vrai libéro en regardant un match, observez sa position au moment où l'adversaire s'apprête à jouer vers l'avant. Est-il derrière la ligne de ses partenaires, et non sur la même ligne ? A-t-il un attaquant attribué, ou attend-il de voir où le danger arrive ? Le central du milieu d'un 3-5-2 moderne défend le plus souvent à plat avec les deux autres. Il n'est donc pas libéro par défaut, même s'il relance beaucoup.
Sur le papier, le libéro n'était qu'un des défenseurs centraux. Le guide des postes au foot explique la différence entre un poste comme celui-là et un rôle comme celui-ci : le poste dit où le joueur commence, le rôle ce qu'il fait à partir de là.
La version la plus offensive du défenseur libre appartenait au football total : dans le système néerlandais des années 1970, le dernier défenseur pouvait monter au milieu, car un partenaire prenait toujours sa place.
L'ancêtre défensif du libéro est le dernier rempart du catenaccio, le système italien dans lequel les défenseurs au marquage individuel étaient couverts par un joueur libre placé derrière eux.
Le libéro est le contraste le plus net avec le défenseur central actuel, qui défend en ligne avec un partenaire plutôt que derrière elle. La comparaison libéro ou défenseur central met les deux rôles face à face.
L'idée du libéro, un défenseur de plus derrière la ligne, est revenue sous un autre maillot : le gardien-libéro, qui sort de sa surface pour couper les ballons joués dans le dos d'une défense haute.
Pourquoi le libéro a disparu ?
Parce que la défense de zone et la ligne haute ont rendu inutile un homme en surplus derrière la défense. Un libéro placé en retrait casse le hors-jeu, et un seul avant-centre adverse ne justifie plus trois défenseurs pour le surveiller. Ses tâches ont été réparties entre le gardien, les centraux relanceurs et le milieu défensif.
Quelle différence entre un libéro et un stoppeur ?
Dans la défense à l'ancienne, le stoppeur marque l'attaquant adverse et le libéro couvre derrière lui, sans adversaire attribué. Le stoppeur est attendu dans les duels, le libéro dans la lecture du jeu et la relance.
D'où vient le mot libéro ?
Le mot libéro vient de l'italien « libero », qui signifie libre. Il a été employé pour la première fois dans ce sens par le journaliste italien Gianni Brera. L'idée remonte à Karl Rappan, qui plaçait déjà un défenseur supplémentaire devant son gardien avec la Suisse dans les années 1930 et 1940, avant le catenaccio d'Helenio Herrera à l'Inter.
Qu'est-ce qu'un gardien-libéro ?
Un gardien-libéro reprend une partie du travail de l'ancien libéro : couvrir l'espace derrière une ligne défensive haute. Manuel Neuer est devenu l'archétype de ce profil. L'interdiction faite au gardien de prendre à la main une passe en retrait de son coéquipier l'a obligé à jouer au pied et à couvrir, ce qui a favorisé ce transfert de fonctions.
Sources et pour aller plus loin
- Catenaccio — Wikipedia
- Defender (association football): Sweeper — Wikipedia
- Franz Beckenbauer revolutionized soccer with sweeper role — CNN