Styles de jeu · Analyse
Tiki-taka : le jeu de passes courtes de l'Espagne et du Barça de Guardiola
Le tiki-taka expliqué : définition, origine du mot, l'Espagne 2008–2012, le Barça de Guardiola avec Henry et Abidal, la France battue en 2012, le déclin.
Le tiki-taka est un style de jeu fondé sur les passes courtes, le mouvement permanent et la conservation du ballon. L'équipe fait circuler la balle patiemment jusqu'à ce qu'un espace s'ouvre, puis presse aussitôt pour la récupérer quand elle la perd.
Le style est associé à deux équipes qui ont dominé le football entre 2008 et 2012 : l'Espagne, championne d'Europe en 2008 et 2012 et championne du monde en 2010, et le FC Barcelone de Pep Guardiola. Toutes deux reposaient sur le même cœur de jeu : Xavi, Andrés Iniesta et Sergio Busquets.
Comment on en parle en France
En français, on garde le mot espagnol : « tiki-taka », parfois écrit « tiki taka ». Pour décrire la chose elle-même, la presse parle de « jeu de possession », de « football de possession » ou de « jeu de passes courtes ». Eurosport, par exemple, présente le tiki-taka comme un football de possession magnifié, né ou ressuscité avec le Barça de 2008.
Il faut distinguer le tiki-taka du « jeu de position ». Le premier désigne ce que l'on voit : beaucoup de passes, beaucoup de ballon. Le second désigne la structure qui le rend possible, c'est-à-dire la manière dont les joueurs se placent pour offrir des solutions. Guardiola lui-même préférait ce second vocabulaire.
D'où vient le mot
D'après Wikipédia, le commentateur espagnol Andrés Montes a popularisé l'expression pendant la Coupe du monde 2006, sur la chaîne laSexta, lors d'Espagne-Tunisie. Le terme serait une onomatopée imitant l'enchaînement des passes, ou viendrait d'un jouet espagnol des années 1970. Dans les deux cas, le mot décrit un son autant qu'un plan de jeu : le rythme de passes courtes répétées.
Des racines chez Cruyff
Les idées sont arrivées à Barcelone bien avant le nom. Johan Cruyff, figure du football total néerlandais, a entraîné le Barça de 1988 à 1996. Il a construit son équipe autour de la possession, de la discipline de placement et de milieux très techniques. Guardiola était son milieu défensif. Devenu entraîneur du club en 2008, il a poussé ces principes plus loin.
Côté sélection, Luis Aragonés a installé ce jeu avec l'Espagne à partir de 2004. Vicente del Bosque l'a conservé après 2008.
L'Espagne de 2008 à 2012, et la France sur sa route
L'Espagne a enchaîné l'Euro 2008, la Coupe du monde 2010 et l'Euro 2012. Selon Wikipédia, elle est devenue la première équipe à conserver son titre européen, et ce triplé n'avait aucun précédent pour une sélection.
Les Bleus en ont fait l'expérience directe. Le 23 juin 2012, en quart de finale de l'Euro à la Donbass Arena de Donetsk, l'Espagne a battu la France 2-0 sur un doublé de Xabi Alonso, qui fêtait sa centième sélection. L'UEFA note que c'était la première défaite des Bleus face à l'Espagne en compétition officielle. Laurent Blanc avait aligné Mathieu Debuchy au milieu pour renforcer son côté droit. France 24 décrit pourtant un écart de niveau abyssal entre les deux équipes. Les Espagnols ont ensuite battu l'Italie 4-0 en finale à Kiev.
Le Barça de Guardiola, avec deux Français
La première saison de Guardiola, 2008-2009, a rapporté six trophées : Liga, Coupe du Roi, Ligue des champions, Supercoupe d'Espagne, Supercoupe de l'UEFA et Coupe du monde des clubs. Selon l'UEFA, son Barça a remporté 14 des 19 compétitions disputées en quatre ans.
Deux Français ont fait partie de cette équipe. Thierry Henry jouait à gauche de l'attaque, avec Samuel Eto'o et Lionel Messi. D'après Wikipédia, ce trio a inscrit cent buts lors de la saison du sextuplé. Éric Abidal, lui, a remporté deux Ligues des champions avec le club. En 2011 à Wembley, deux mois après l'opération d'une tumeur au foie, il a joué la finale gagnée 3-1 contre Manchester United. Puyol et Xavi lui ont laissé le brassard pour soulever le trophée.
Chacun avait son rôle dans la circulation. Xavi dirigeait le jeu. Iniesta éliminait dans les espaces réduits. Busquets tenait sa zone devant la défense pour que les autres puissent bouger. Messi, en faux neuf, transformait la possession en buts.
Comment fonctionne le tiki-taka
Le tiki-taka se décrit facilement et se joue difficilement. Ses éléments principaux :
- Passes courtes et triangles : le porteur a toujours deux ou trois solutions proches. Les passes se jouent en une ou deux touches, et le ballon circule plus vite que le bloc adverse ne coulisse.
- Mouvement sans ballon : chaque passe est suivie d'un déplacement. Les milieux se glissent entre les lignes et dans les demi-espaces, et l'appel du troisième homme permet de dépasser un défenseur.
- Patience : on ne force pas la dernière passe. Si rien ne s'ouvre, le ballon revient en arrière, jusqu'au gardien si besoin, et la circulation reprend.
- Pressing à la perte : l'équipe protège aussi le ballon quand elle l'a perdu. Avec beaucoup de joueurs dans le camp adverse, elle le récupère vite, une forme précoce de gegenpressing.
Le système de référence était le 4-3-3, avec un milieu relayeur de chaque côté de la sentinelle.
Critiques et déclin
Le reproche principal est connu : la possession peut devenir stérile, des passes latérales qui gardent le ballon sans rien créer. D'après Wikipédia, Guardiola a dit en 2014 détester la passe pour la passe. Pour lui, la circulation servait à désorganiser l'adversaire, jamais à se suffire à elle-même.
Le déclin a été brutal. Le 13 juin 2014, à Salvador, les Pays-Bas ont battu l'Espagne 5-1. Dans Eurosport, Alexandre Coiquil explique que Louis van Gaal a préparé un bloc compact, puis joué vite vers Arjen Robben et Robin van Persie. La parade était devenue claire : un bloc bas serré et des contres rapides. En mai 2016, le Bayern de Guardiola est éliminé par l'Atlético Madrid, symbole pour Wikipédia de la victoire du « cholisme » sur le tiki-taka.
En 2018, Eurosport parle d'un « nouvel échec du football de possession ». L'Espagne a réussi 1 029 passes contre la Russie en huitième de finale, avant d'être éliminée aux tirs au but. La même année, la France de Didier Deschamps devenait championne du monde avec un football plus direct, qui acceptait de laisser le ballon.
Ce qu'il en reste
L'influence du tiki-taka reste partout. La relance depuis l'arrière, les défenseurs centraux capables de passer, le pressing pour protéger la possession et les milieux formés à recevoir entre les lignes viennent en grande partie de Barcelone et de l'Espagne. Les équipes suivantes de Guardiola ont gardé ces principes et y ont ajouté des solutions plus directes.
Comment reconnaître le tiki-taka dans un match
Comptez les passes avant un tir et regardez les distances entre les joueurs. Une équipe qui joue le tiki-taka garde ses joueurs près du ballon, enchaîne les passes courtes et joue rarement long. Regardez ensuite la perte de balle : si trois ou quatre joueurs se jettent aussitôt sur le porteur, l'équipe protège sa possession comme l'Espagne et le Barça le faisaient. Pour le vocabulaire des postes, voyez notre guide des postes au foot.
Guardiola lui-même préférait parler de jeu de position, la structure sous les passes : où les joueurs se placent pour que chaque passe crée un avantage.
C'est quoi le tiki-taka au football ?
C'est un style de jeu fondé sur les passes courtes, le mouvement permanent et la conservation du ballon. L'équipe fait tourner la balle jusqu'à ouvrir un espace, puis presse immédiatement pour la récupérer après l'avoir perdue.
Qui a inventé le tiki-taka ?
Personne seul. Les idées viennent du Barça de Johan Cruyff et du football total néerlandais. Le mot a été popularisé en 2006 par le commentateur espagnol Andrés Montes. Guardiola au Barça, Aragonés puis Del Bosque en sélection l'ont rendu célèbre.
Quelle différence entre tiki-taka et jeu de position ?
Le tiki-taka désigne le style visible : beaucoup de passes courtes et de possession. Le jeu de position désigne la structure : où se placent les joueurs pour créer des solutions et des supériorités. Guardiola préférait parler de jeu de position.
Pourquoi le tiki-taka a-t-il décliné ?
Les adversaires ont appris à défendre bas et serré, puis à contrer vite. La défaite 5-1 de l'Espagne contre les Pays-Bas au Mondial 2014 est souvent vue comme la fin de son âge d'or.
Sources et pour aller plus loin
- Tiki-taka — Wikipédia
- EURO 2012 : l'Espagne et Alonso éliminent la France — UEFA
- La France sort de l'Euro la tête basse — France 24
- Quatre années après la finale du Mondial 2010, les Pays-Bas tuent le "Tika-Tika" — Eurosport
- La possession, agonie d'un modèle après les éliminations de l'Espagne et de l'Allemagne — Eurosport